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Bruno Lepage

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Une tendance aussi inquiétante que cruelle a récemment été mise en lumière par les défenseurs de la cause animale en Chine : l’opération chirurgicale des oreilles des chats et des chiens dans le but de leur donner une apparence rappelant le célèbre personnage de Disney, Mickey Mouse. Cette pratique, qui met gravement en danger la santé et le bien-être des animaux, soulève une vague d’indignation légitime à travers le pays et au-delà.

Difficile en effet de rester insensible face à ce phénomène d’une rare cruauté, motivé par des considérations esthétiques aussi discutables qu’égoïstes. Car derrière l’apparente innocence de ces « oreilles Mickey » se cache une réalité bien sombre : celle de la souffrance animale, sacrifiée sur l’autel d’une mode absurde et dangereuse.

Mais au-delà de l’émotion compréhensible que suscite cette pratique, il convient de se pencher sur les raisons de son émergence et de sa popularité croissante en Chine. Car cette tendance ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de négligence du bien-être animal, favorisé par un cadre légal lacunaire et une prise de conscience encore trop limitée des enjeux éthiques liés à notre rapport aux animaux de compagnie.

Pour mieux comprendre ce phénomène et en mesurer les implications, revenons en détail sur cette pratique des « oreilles Mickey », de sa promotion scandaleuse par certaines cliniques peu scrupuleuses à ses conséquences dramatiques sur la santé des chats et des chiens, en passant par les réactions contrastées qu’elle suscite dans la société chinoise et à l’international.

Une publicité choquante pour des « oreilles Mickey » pour chat en Chine

C’est une publicité parue fin décembre 2023 qui a attiré l’attention du grand public sur cette pratique aussi cruelle que controversée. L’annonce, publiée par une clinique vétérinaire de Chongqing, une megalopole du sud-ouest de la Chine, propose à ses clients un « achat groupé » pour réaliser des « oreilles Mickey » sur leur chat ou chien.

Loin d’être un simple accessoire ou une parure inoffensive, il s’agit en réalité d’une véritable intervention chirurgicale visant à découper les oreilles des animaux pour leur donner une forme censée rappeler celles du célèbre personnage de Disney. Une opération lourde et douloureuse, qui implique une ablation sous anesthésie d’une partie de l’oreille externe, suivie d’un « remodelage » esthétique pour donner aux oreilles une apparence artificiellement dressée.

Le tout pour la modique somme de 300 yuans, soit environ 38 euros. Un tarif dérisoire au regard de la gravité de l’acte, mais qui suffit hélas à convaincre de nombreux propriétaires, soucieux de « styliser » leurs animaux de compagnie selon les dernières tendances. Car la clinique n’hésite pas à promouvoir son forfait en le présentant comme une offre spéciale « oreilles Mickey », garantissant un résultat soi-disant adorable en seulement 20 à 60 jours.

Une opération marketing choquante, qui en dit long sur le cynisme de certains professionnels et l’ignorance d’une partie des propriétaires d’animaux. Car cette publicité, en banalisant une pratique cruelle sous couvert de considérations esthétiques, nie totalement la souffrance infligée aux animaux et les risques encourus pour leur santé.

L’indignation légitime des défenseurs des animaux

Face à cette promotion éhontée de la maltraitance animale, les réactions indignées n’ont pas tardé. Dès la publication de l’annonce, les associations de protection des animaux se sont mobilisées pour dénoncer avec force cette pratique cruelle et injustifiable.

« Aucun argument esthétique ne saurait justifier de telles mutilations, qui font souffrir inutilement les animaux et mettent gravement en danger leur santé », s’est insurgé M. Li, porte-parole d’une ONG locale de défense des animaux. « Cette opération n’a aucun but médical. C’est de la chirurgie de convenance, réalisée au détriment du bien-être des chats et des chiens, dans le seul but de satisfaire les lubies de propriétaires inconséquents. »

Une position partagée par de nombreux vétérinaires, qui mettent en garde contre les risques de ces interventions chirurgicales injustifiées. « L’otectomie, c’est-à-dire l’ablation d’une partie de l’oreille externe, est une opération lourde qui peut entraîner des complications graves, comme des infections ou des nécroses », explique le Dr Liu, vétérinaire réputé de Pékin. « Sans compter les troubles psychologiques durables que peut engendrer ce type de mutilation chez les animaux, comme des états de stress et d’anxiété chroniques. »

Des arguments imparables, qui soulignent l’absurdité et la cruauté de ces opérations esthétiques imposées aux animaux de compagnie. Car en plus de la souffrance physique infligée, c’est aussi l’intégrité et la dignité de l’animal qui sont ici bafouées, au nom de critères de beauté aussi artificiels que discutables.

chat oreilles mickey chine

Chat aux oreilles de Mickey en Chine : pratique répandue malgré les risques pour les animaux

Malgré les mises en garde répétées des vétérinaires et les protestations véhémentes des défenseurs des animaux, la pratique des « oreilles Mickey » connaît hélas un succès croissant en Chine, en particulier dans les chenils et les élevages peu regardants sur le bien-être animal.

Selon une enquête du South China Morning Post, ce type d’intervention esthétique serait même devenu monnaie courante dans certains établissements, qui y voient un moyen facile de « customiser » les animaux pour répondre aux demandes de clients en quête de chats et de chiens toujours plus « mignons » et originaux.

Une tendance inquiétante, qui témoigne de la banalisation de ces pratiques cruelles dans une partie de la société chinoise, où le statut de l’animal de compagnie oscille encore trop souvent entre celui de jouet vivant et d’accessoire de mode. Une vision réductrice et irrespectueuse, qui nie la sensibilité et les besoins fondamentaux de ces êtres vivants dotés d’émotions et de capacités cognitives.

Pourtant, les risques de ces opérations pour la santé et l’équilibre des animaux sont loin d’être anodins. Outre les complications postopératoires classiques, comme les infections et les hémorragies, l’ablation d’une partie de l’oreille externe peut entraîner des douleurs chroniques et des troubles de la cicatrisation.

Mais c’est surtout au niveau psychologique que les séquelles peuvent être les plus durables et les plus profondes. « Nous avons régulièrement des cas de chats et de chiens traumatisés suite à ces interventions », confie le Dr Wang, comportementaliste animalier à Shanghai. « Certains développent des comportements d’automutilation, comme des grattages compulsifs ou des morsures des oreilles, signes d’un mal-être évident. D’autres sombrent dans des états dépressifs ou perdent toute confiance en l’humain. »

Des témoignages glaçants, qui illustrent le lourd tribut payé par les animaux victimes de ces pratiques cruelles et injustifiées. Car en plus de la souffrance physique endurée, c’est aussi leur équilibre mental et leur relation avec leur maître qui sont ici sacrifiés sur l’autel d’une mode absurde.

L’absence choquante de législation protectrice

Mais comment de telles dérives sont-elles encore possibles en Chine, deuxième puissance économique mondiale et pays en plein essor ? La réponse est hélas à chercher du côté de la législation, ou plutôt de son absence criante en matière de protection des animaux de compagnie.

Car s’il existe bien quelques réglementations éparses, notamment sur la détention d’animaux sauvages ou l’abattage des animaux de consommation, rien ou presque ne vient encadrer spécifiquement le sort des chiens et des chats domestiques. Une lacune béante, qui laisse le champ libre à toutes les dérives et les maltraitances, comme en témoigne l’exemple choquant des « oreilles Mickey ».

« En l’état actuel de la loi chinoise, rien n’interdit explicitement les interventions chirurgicales esthétiques sur les animaux de compagnie », déplore M. Chen, juriste spécialisé dans le droit animalier. « Tant qu’elles sont pratiquées par un vétérinaire, même les mutilations les plus cruelles et injustifiées restent hélas légales, en l’absence d’un cadre réglementaire strict. »

Un vide juridique d’autant plus choquant que la plupart des pays développés ont depuis longtemps légiféré pour interdire ce type de pratiques barbares. Ainsi, l’otectomie à visée esthétique est formellement prohibée dans l’Union européenne depuis 1987, de même que la caudectomie (ablation de la queue) et la dévocalisation (section des cordes vocales).

Des avancées cruciales pour le bien-être animal, qui témoignent d’une prise de conscience croissante des enjeux éthiques liés à notre responsabilité envers les animaux de compagnie. Mais force est de constater que la Chine accuse encore un retard considérable en la matière, comme le prouve la persistance de pratiques aussi choquantes que les « oreilles Mickey ».

Quand les réseaux sociaux s’emparent du phénomène

Mais si les autorités chinoises restent encore trop passives face à ces dérives, la société civile, elle, commence à se mobiliser pour dénoncer ces pratiques cruelles. Et c’est notamment sur les réseaux sociaux que la contestation s’organise, à coup de campagnes choc et de témoignages poignants.

Ainsi, sur Weibo, le Twitter chinois, les hashtags #StopOreilleMickey et #NonALaCruauteEnversLesAnimaux ont fleuri ces dernières semaines, relayés par des milliers d’internautes choqués par l’ampleur du phénomène. Des pétitions en ligne ont également été lancées pour réclamer l’interdiction pure et simple de ces mutilations esthétiques, recueillant des centaines de milliers de signatures.

« Je suis horrifié de voir que des gens puissent infliger de telles souffrances à leurs animaux pour suivre une mode stupide », s’indigne ainsi un internaute. « Les chats et les chiens ne sont pas des jouets qu’on peut découper et modifier à volonté. Ce sont des êtres sensibles qui méritent notre respect et notre protection. »

Des réactions indignées qui témoignent d’une aspiration croissante de la population chinoise à plus de considération pour le bien-être animal. Même si le chemin est encore long, ces prises de conscience sont encourageantes et laissent espérer des évolutions positives pour l’avenir.

Le revers de la médaille, c’est que les réseaux sociaux contribuent aussi paradoxalement à la propagation de ces tendances cruelles, en offrant une caisse de résonance aux adeptes des « oreilles Mickey ». Ainsi, sur Douyin, le TikTok chinois, les vidéos de chats et de chiens « relookés » se multiplient, présentés comme des accessoires de mode parmi d’autres.

Une banalisation dangereuse de la maltraitance animale, qui favorise la diffusion de ces pratiques auprès d’un public toujours plus large. Car pour les propriétaires en quête de likes et de followers, peu importent les souffrances infligées à leurs animaux, pourvu que le résultat soit « mignon » et suscite l’adhésion de leur communauté virtuelle…

Des influenceurs peu scrupuleux qui surfent sur la tendance

Pire encore, certains influenceurs peu scrupuleux n’hésitent pas à promouvoir activement les « oreilles Mickey » auprès de leurs abonnés, vantant les mérites de cette chirurgie esthétique pour rendre les animaux plus « adorables » et « à la mode ». Une attitude choquante, qui témoigne d’une profonde méconnaissance des besoins et de la sensibilité des animaux.

C’est le cas notamment de Mme Li, une influenceuse mode suivie par plus d’un million de personnes sur Weibo. Dans une vidéo postée en janvier dernier, on la voit ainsi emmener son chaton de quelques mois dans une clinique vétérinaire pour lui faire subir une otectomie esthétique. Tout sourire, elle explique vouloir lui donner « un look unique et irrésistible » en lui faisant poser des « oreilles Mickey ».

Une séquence glaçante, qui a provoqué un tollé parmi les défenseurs des animaux. « C’est écœurant de voir une personne avec une telle audience faire la promotion d’actes de cruauté, comme s’il s’agissait d’un simple relooking », s’est ainsi indigné un porte-parole d’une association de protection féline. « En agissant de la sorte, cette influenceuse cautionne et banalise des pratiques barbares, contribuant à les rendre acceptables aux yeux du grand public. »

Un constat d’autant plus préoccupant que la chirurgie esthétique animale semble en passe de devenir un véritable business en Chine, portée par des personnalités en vue qui en font la promotion sans le moindre scrupule. Un phénomène inquiétant, qui souligne la nécessité d’une prise de conscience collective et d’une réponse législative ferme pour endiguer ces dérives.

Un combat encore long pour changer les mentalités

Face à l’ampleur du phénomène et à la passivité des autorités, les associations de protection animale ne baissent pas les bras et multiplient les actions pour tenter de faire évoluer les mentalités. Campagnes de sensibilisation dans les écoles et les médias, manifestations devant les cliniques peu scrupuleuses, etc…

En parallèle de ce travail de terrain essentiel, les ONG plaident aussi pour un renforcement urgent de la législation en matière de protection des animaux de compagnie. Car sans un cadre légal strict, assorti de sanctions dissuasives, il sera difficile de mettre fin à ces pratiques cruelles, portées par des intérêts commerciaux sans scrupules.

« Nous appelons le gouvernement chinois à interdire clairement toute intervention chirurgicale à visée esthétique sur les animaux, à l’instar de ce qui se fait déjà dans de nombreux pays », martèle ainsi M. Zhang, président d’une grande association de défense des animaux. « Il en va de la cohérence de la Chine avec ses ambitions de grande puissance moderne et responsable. On ne peut pas aspirer à être un modèle de développement tout en tolérant des pratiques aussi barbares et rétrogrades. »

Un plaidoyer qui commence à porter ses fruits, puisque plusieurs députés ont récemment déposé des propositions de loi visant à combler les lacunes de la réglementation en matière de bien-être animal. Parmi les mesures phares, l’interdiction des interventions chirurgicales non thérapeutiques, l’encadrement strict des conditions de détention et d’élevage, ou encore le renforcement des sanctions pénales contre les actes de cruauté.

Des avancées cruciales, qui témoignent d’une prise de conscience croissante des enjeux liés à la condition animale en Chine. Même si le chemin sera encore long pour faire évoluer en profondeur les mentalités et les comportements, ces initiatives législatives sont porteuses d’espoir pour l’avenir.

Au-delà des « oreilles Mickey », repenser notre rapport aux animaux

Car le triste phénomène des « oreilles Mickey » n’est hélas que la partie émergée d’un problème bien plus vaste, qui interroge notre rapport moral aux animaux dans nos sociétés modernes. Derrière cette mode cruelle se cache en effet une vision réductrice et utilitariste du vivant, qui considère les animaux de compagnie comme de simples objets décoratifs, modelables à l’envi pour satisfaire nos caprices esthétiques.

Une dérive anthropocentrique qui témoigne d’un profond déficit d’empathie et de respect envers ces êtres sensibles, dotés de capacités émotionnelles et cognitives aujourd’hui scientifiquement reconnues. Car en imposant des standards de beauté artificiels à nos compagnons à quatre pattes, nous nions leur nature profonde et leurs besoins fondamentaux, au mépris de leur bien-être et de leur dignité.

Il est donc urgent de repenser en profondeur notre relation aux animaux de compagnie, en les considérant comme des êtres vivants à part entière, méritant notre respect et notre protection. Cela passe bien sûr par un renforcement de la législation, mais aussi et surtout par une évolution des mentalités et des comportements individuels.

Car être un maître responsable et bienveillant, c’est avant tout accepter son animal tel qu’il est, avec ses particularités et ses imperfections. C’est lui offrir une vie épanouie et respectueuse de sa nature, loin des diktats futiles de la mode et des apparences. En un mot, c’est faire preuve d’empathie et d’altruisme, en plaçant les besoins de l’animal avant ses désirs égocentriques.

Vers une société plus juste et respectueuse du vivant

Au final, la lutte contre les dérives telles que les « oreilles Mickey » nous renvoie à des questions éthiques fondamentales sur la place que nous accordons aux animaux dans nos sociétés. Elle nous invite à repenser notre responsabilité morale envers ces êtres sensibles, qui partagent notre environnement et subissent trop souvent les conséquences de nos choix de vie.

Dans une Chine en pleine mutation, où les questions de développement durable et de respect de l’environnement sont de plus en plus prégnantes, le sort des animaux apparaît ainsi comme un enjeu crucial pour construire une société plus juste et harmonieuse. Car prendre soin de ces compagnons vulnérables, c’est aussi œuvrer pour un monde plus empathique et respectueux du vivant sous toutes ses formes.

Les « oreilles Mickey » nous rappellent ainsi douloureusement que le véritable progrès ne se mesure pas seulement à l’aune de la croissance économique ou des prouesses technologiques. Il se jauge aussi et surtout à notre capacité à cohabiter de manière éthique et responsable avec les autres créatures qui peuplent notre planète. Un défi majeur pour la Chine du 21e siècle, qui devra faire preuve de sagesse et d’humanité pour relever ce beau pari civilisationnel.

En définitive, l’éradication des pratiques cruelles telles que les « oreilles Mickey » ne pourra se faire sans une prise de conscience collective des enjeux liés au bien-être animal. C’est un travail de longue haleine qui nous engage tous, citoyens, associations, pouvoirs publics, dans une dynamique vertueuse de progrès social et moral. Ensemble, œuvrons pour que la Chine de demain soit une nation exemplaire dans le respect et la protection de tous les êtres vivants.

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